Recherche action

Nous aimerions ici vous présenter notre manière d’envisager la recherche-action à partir de deux projets en cours que sont le programme-Erasmus « Faire corps » et la recherche menée dans le cadre des rencontres du réseau des CREFAD autour de l’articulation problématique entre pratiques comptables et politique.

Le premier élément qui caractérise pour nous la recherche-action réside dans l’intrication des deux termes. Se trouver à faire « de » la recherche-action implique pour le chercheur-acteur et la chercheuse-actrice d’être « en » recherche-action. En effet, l’intérêt de cette démarche provient entre autres d’une prépondérance de l’inductif (partir des pratiques et ses représentations) pour mener une recherche qui non seulement débouchera sur une nouvelle praxis mais aussi une transformation individuelle et collective des subjectivités au centre de ce processus. Les personnes en recherche-action sont en effet tout à la fois « objets » et « sujets » du processus. Pour le dire avec les mots du LISRA : « L’expérience devient une recherche pour l’acteur et la recherche une expérience pour l’acteur »

Le CREFADA, entre autres particularités, propose des accompagnements de gestion et de comptabilité auprès d’associations liées à l’économie sociale et solidaire. Notre Centre de Recherche et d’Etudes propose également des formations d’initiation à la comptabilité (le « kit de survie fiscal et comptable »). C’est depuis cette pratique d’un outil économique particulièrement normé, alors même que nous sommes impliqué.e.s dans une multitude d’autres partages très éloignés du langage et de l’imaginaire (aride) de la comptabilité, que nous menons une recherche visant à interroger les liens existant entre comptabilité et politique. D’abord depuis la manière dont la comptabilité habite nos vies professionnelles. Ensuite depuis le souci que nous avons de transmettre nos connaissances de cet outil alors même que celui-ci nous paraît à certains endroits en contradiction avec des valeurs et des pratiques partagées. Aussi dans la mesure où nous voulons interroger les incidences éthiques et pratiques que la comptabilité cause à nos subjectivités de praticien.ne.s. Enfin pour être en mesure d’orienter cette profession et cette transmission dans des directions qui non seulement seraient plus facilement acceptables, plus aisément partageables mais aussi bien plus riches de possibles émancipatoires.

En effet, l’une des dimensions principielles qui nous porte dans la recherche-action réside dans cet horizon d’émancipation. Pour reprendre encore les mots du LISRA, elle permet de lier un mouvement d’émancipation et de transformation sociale avec une production de connaissance. En introduisant un récit au cœur de ces mouvements individuels ou collectifs, elle contribue à concevoir des outils et des cadres susceptibles de penser la réalité contemporaine et donc d’agir sur elle. En posant des mots sur leurs conditions et situations, les personnes se réapproprient un sens historique en tant qu’acteurs et auteurs de leur propre vie. La recherche-action, par les récits qu’elle permet de développer, par les cadres qu’elle détermine et les outils qu’elle fabrique, pose elle-même ses propres référentiels d’opérationnalité, de scientificité, d’engagement et de production de connaissance. Comme l’évoque Josep Rafanell i Orra, « nous devons à nouveau convoquer des récits comme la réactivation d’histoires de la bifurcation. Ils sont alors l’invitation à un travail […] de traduction contre la représentation. Voir avec et non pas à la place des autres. »

Le projet Erasmus plus Faire-corps fait écho à ces éléments de définition. Partant de nos envies et de nos pratiques de transmission (qu’elles soient liées à la comptabilité mais aussi à l’Entraînement Mental, à la question des discriminations de genre, du rôle du leader, de pratiques esthétiques singulières), nous souhaitons interroger la place du corps, de l’incarnation qui le plus souvent brille par son absence dans l’appréhension traditionnelle de la formation. C’est depuis cette interrogation que nous avons en commun entre membres du CREFADA mais aussi avec d’autres collectifs, venant d’autres pays d’Europe et d’autres pratiques et de représentations de cette question que nous réinterrogeons, reproblématisons de nouvelles perspectives quant à l’articulation de la place du corps et de la transmission.

Le CREFADA est dès lors disponible pour de nouvelles collaborations, depuis un milieu commun d’action à inventer et ce, dans l’optique de nous décentrer ensemble et de transformer nos manières d’envisager les problématiques à élaborer.